Toutes et tous dans l'action en mars !

À l’issue de son congrès académique, le SNES-FSU Normandie a voté ce texte action à l’unanimité des collègues présents.


Remaniement et ancrage à droite gouvernemental

Après sept années de politique libérale qui démantèle les Services Publics et fragilise les plus faibles, le récent gouvernement Attal, complet depuis le 8 février, confirme l’ancrage à droite du second quinquennat Macron. Le ministre de l’Économie a déjà annoncé 12 milliards d’économies, a minima, à faire sur le budget 2025, sans jamais évoquer l’hypothèse d’augmenter les recettes, laissant augurer une amplification de l’austérité subie par les citoyennes comme la hausse de la taxe sur l’électricité qui va accroitre son prix dès février. Après avoir allongé la durée du travail jusqu’à 64 ans avec la réforme des retraites et réduit les droits des chômeurses, il veut s’attaquer à l’indemnisation des plus de 55 ans. Dans son discours de politique générale, le Premier ministre a confirmé l’orientation dont les nominations ministérielles étaient déjà emblématiques : libéralisation économique et autoritarisme politique. Gabriel Attal prétend « favoriser le travail » et envisage en particulier la généralisation du conditionnement du RSA à 15h d’activités, mesure portant une atteinte majeure aux principes de solidarité, de respect de la dignité et de droit à la sécurité matérielle garantis par les textes fondamentaux. Concernant la Fonction publique, une nouvelle loi est annoncée allant dans le sens d’une « intégration du mérite à leur salaire » pour les agentes dès le second semestre 2024, mais aussi d’une nouvelle loi qui détruirait encore davantage tout le droit du travail.

Loi Darmanin et droit du sol à Mayotte

Le vote de la loi Darmanin a marqué le franchissement d’un cap avec l’arrivée au pouvoir des idées d’extrême droite grâce à une alliance de l’extrême-droite et des droites anciennement républicaines et du gouvernement à l’Assemblée nationale. Même si certaines dispositions ont finalement été retoquées par le Conseil Constitutionnel, cela ne doit en rien atténuer la responsabilité de celles et ceux qui ont voté pour l’instauration d’une forme de préférence nationale et contre un accueil digne des étrangers. Les conséquences de cette loi concerneront directement nos élèves, leurs familles et certains de nos collègues. Il nous faut continuer à exiger un retrait. Les annonces de Gérald Darmanin ce week-end à Mayotte sont de même nature : en envisageant de supprimer le droit du sol dans un département français, non seulement, il rompt avec un droit fondamental, mais aussi avec le caractère indivisible de la République. Il nous faut empêcher cette atteinte.
Le risque de bascule à l’extrême-droite est réel, puisque certaines de ses idées infusent déjà la société et sont portées par le gouvernement actuel. Uniforme, « réarmement démographique », Service National Universel, hausse du budget de l’armée sont autant de signes qui traduisent ce glissement vers l’extrême-droite et le nationalisme autoritaire. Les organisations syndicales ont la responsabilité de créer un cadre unitaire large pour faire reculer cette menace.

Palestine

A l’heure où l’armée israélienne engage une nouvelle phase du massacre de Gaza, à l’heure où l’État d’Israël s’acharne à bloquer l’aide alimentaire et menace de faire mourir de faim 90% des habitantes de la bande de Gaza, il est vital d’amplifier les actions de solidarité de toutes sortes avec Gaza. Nous exigeons la levée du blocus, un cessez-le-feu immédiat et la libération des otages israéliens et des prisonniers politiques palestiniens. Nous dénonçons la poursuite de la colonisation, l’oppression quotidienne subie par les Palestinienes de Cisjordanie et les discriminations subies par les Palestiniennes vivant dans l’État d’Israël. Nous réclamons l’arrêt de l’accord d’association UE-Israël. Enfin, nous exigeons la reprise du financement de l’UNRWA et l’arrêt de tout soutien du gouvernement français à la campagne d’entrave à son fonctionnement.

Droits des femmes

La prétendue grande cause du quinquennat, les violences sexistes et sexuelles, ne cesse d’être battue en brèche. Le soutien affiché publiquement par Emmanuel Macron à un agresseur sexuel est une provocation pour toutes les victimes. Le refus de porter la question du consentement au niveau européen perpétue la « culture du viol » dont les victimes, qui s’expriment pourtant, ne sont toujours pas entendues.
Dans le même temps, les injonctions présidentielles au « réarmement démographique » s’inscrivent dans la rhétorique nataliste de l’extrême-droite et assignent les femmes à leur rôle de procréation.
Le récent rapport du Haut conseil à l’Égalité sur le sexisme montre que celui-ci tend à progresser chez les jeunes hommes. Il est urgent de promouvoir réellement l’égalité entre les femmes et les hommes, d’en faire une question centrale dans tous les domaines et notamment dans l’éducation des plus jeunes.
La journée du 8 mars sera l’occasion de rendre visible la place active du SNES-FSU et de la FSU dans la lutte pour les droits des femmes.

Éducation

Dans l’Éducation, depuis sept ans, les réformes se suivent et dessinent toujours plus précisément une école du tri social et de l’assignation. Après les réformes du lycée Blanquer et l’instauration de Parcoursup, dont le SNES-FSU demande toujours l’abrogation, ce sont les lycées professionnels et les collèges qui sont violemment attaqués. C’est aussi l’acte 2 de l’école inclusive toujours sans moyens qui n’apporte aucune amélioration ni pour les élèves en situation de handicap ni pour les personnels. Dans le cadre du « Choc des savoirs », la mise en œuvre de groupes de niveaux dès la rentrée 2024 est un renoncement au collège unique et à ses ambitions qu’il faut continuer à combattre. De même, l’obtention du brevet conditionnant l’entrée au lycée contribuerait à renforcer la ségrégation scolaire.
Ce renoncement apparaît aussi de manière révélatrice dans le renoncement à un suivi et un accompagnement de qualité des élèves dans leurs parcours scolaires par les personnels de vie scolaire (CPE et AED) et les AESH, pour lui préférer des dispositifs de type SNU, qui cherchent au contraire à embrigader et étouffer la jeunesse. A cet égard, le SNES-FSU s’oppose au port de l’uniforme, à la généralisation du SNU et à la militarisation de la jeunesse. Il demande que les sommes engagées dans son financement soient rendues à l’Éducation Nationale.

Alors que la place même des PsyEN au sein de l’Éducation Nationale est interrogée par ce gouvernement, parce que leurs missions sont remises en question, loin d’une orientation émancipatrice, le SNES-FSU s’oppose à toute nouvelle tentative de décentralisation des PsyEN/DCIO.

Contrairement aux annonces faites lors de la suppression de la Technologie en classe de 6e, aucun moyen supplémentaire n’a été apporté sur le cycle 4. Les formations annoncées pour les personnels dans le cadre d’un nouveau programme sont restées au stade de la communication et de l’effet d’annonce. Le SNES FSU demande le retour de la technologie en classe de 6e et le maintien de 26h de cours pour les élèves. La rupture dans les apprentissages liée à la suppression n’est pas acceptable et aura des répercussions sur les élèves. Le SNES-FSU demande l’arrêt des mesures de cartes scolaires et de la suppression massive des heures de technologie prévue à la rentrée 2024.

Depuis le 1er février, la mobilisation est enclenchée, dans un cadre unitaire d’une ampleur rare depuis des décennies. L’importance des cortèges Éducation dans tous les départements de l’académie confirme que la colère profonde de la profession doit se manifester par des mobilisations d’ampleur : le mépris, ça suffit, amplifions la mobilisation ! La nomination d’une nouvelle ministre, à laquelle G. Attal vient de demander la mise en œuvre de la feuille de route tracée par E. Macron, n’entame en rien notre détermination à poursuivre les mobilisations.

Carrières des personnels

Dans le même temps, le gouvernement attaque les personnels, les carrières, et de manière globale, sur leurs statuts, en développant systématiquement des formes de précarisation et d’appauvrissement, ou de soumission à des hiérarchies locales de plus en plus transformées en managers de proximité avec le déploiement du Pacte, en promouvant la notion de « mérite » individuel au sein de la Fonction Publique, pour les rémunérations comme pour les carrières. Le Pacte et la mise en place des nouveaux accès totalement opaques et sans aucune contestation possible des promotions à la Classe Exceptionnelle au terme de carrières tout entières engagées auprès des élèves, et dans le contexte d’un allongement de 2 ans de l’âge de départ en retraite, l’illustrent dans le champ de l’Éducation.
Le déplacement massif et systématique de la formation continue hors des horaires ordinaires de travail ou pendant les vacances signifie une nouvelle augmentation inacceptable du temps de travail.
La crise majeure de recrutement est fortement ancrée par le déclassement social et salarial de nos professions, la dégradation des conditions de travail et d’encadrement des élèves, et menace d’effondrement tout le système éducatif.

Écologie

Malgré l’urgence écologique, le gouvernement persiste dans le maintien d’une agriculture productiviste, dans le déni des conséquences du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, particulièrement ses impacts sur la ressource en eau et continue à mener des projets écocides et à criminaliser les mobilisations syndicales et citoyennes qui s’y opposent.
Le SNES et la FSU dénoncent les condamnations intervenues contre ces actions collectives et dénonce le « 2 poids, 2 mesures » observé vis à vis des mouvements écologistes et sociaux.
Il appelle à une véritable rupture écologique et sociale qui ne peut se faire sans s’attaquer aux inégalités économiques.

Appel du congrès

Face au point de bascule qui menace notre École publique et laïque et ses personnels du fait du projet macroniste dans sa globalité, il est indispensable d’inscrire l’action dans la durée. Le SNES-FSU a décidé d’articuler plusieurs modalités d’action, en liaison, à travers sa fédération, la FSU, et dans différents cadres, dans les prochaines semaines.

La mobilisation est importante sur le terrain : les collègues étaient massivement en grève et dans la rue le 1er février et encore le 6 dans toute l’Académie. Depuis, souvent en lien avec les parents, des journées « collège mort », des grèves locales, des réunions publiques, des actions de toutes sortes ont lieu. Le SNES-FSU continue à rendre visibles ces mobilisations qui devront se poursuivre à la rentrée.

Le SNES-FSU appelle les personnels à se réunir dans les établissements pour mettre en débat et décider collectivement des actions à mener jusqu’aux vacances de février et après la reprise le lundi 11 mars, pour continuer à construire les conditions de la visibilité de nos revendications et préparer un rebond fort et durable de l’action en mars pour le Service public d’Éducation et ses personnels.

Il appelle à signer la pétition intersyndicale contre le « Choc des Savoirs ».

Il appelle à s’adresser aux parents d’élèves, à leurs représentantes en s’adressant aux Conseils Locaux de parents d’élèves, et à la population par des opérations de tractages publics. Il appelle à interpeller collectivement les élus locaux et nationaux.

Il appelle d’ores et déjà à participer aux journées d’action programmées et à leur réussite :

  • en soutenant la grève féministe du 8 mars et en participant aux manifestations, pour gagner l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (et la revalorisation des métiers à prédominance féminine et l’ensemble des revendications de l’Intersyndicale) ;
  • en participant par la grève à la mobilisation Fonction Publique du 19 mars, pour les salaires, les carrières et contre la destruction des statuts que vise la « rémunération au mérite ».

Il appelle, lors de ces journées, à rendre visible la grève dans les collèges, lycées et CIO, par une présence systématique sur les lieux de travail et l’échange avec les collègues pour les convaincre de s’engager à leur tour. Il appelle à la participation massive aux manifestations organisées.

L’ensemble de ces modalités d’action doivent, sur le modèle de montée en puissance et de réussite de la mobilisation par la grève de nos collègues au Québec (même si la comparaison a ses limites, tant le contexte est différent du nôtre) :

  • permettre la réussite des grèves d’ores et déjà programmées ;
  • construire un rapport de force majoritaire à l’appel de la très large intersyndicale Éducation unie sur la défense de l’École Publique et de ses personnels, si les mesures du Choc des savoirs ne sont pas retirées, notamment par un appel à la grève articulé avec le 8 et le 19 mars. Cet appel à la grève, annoncé le plus tôt possible, devra mettre en perspective la grève reconductible, sur une séquence de plusieurs jours a minima, pour gagner ; une journée de grève détachée risquerait de décourager la mobilisation.
  • organiser, dans l’unité syndicale la plus large possible et avec les parents d’élèves, les mouvements associatifs, de jeunesse, politiques, une journée nationale de manifestation pour la défense de l’École Publique avec montée à Paris un week-end.

Dans ce cadre, le SNES-FSU quant à lui se tient prêt à remettre en place les solidarités financières nécessaires pour ses syndiquées comme il l’a fait au printemps dernier.

Le SNES-FSU appelle les retraitées, soutenues par les actifves, à s’engager nombreuses et nombreux dans la journée d’action du 26 mars à l’appel du Groupe des 9 sur la défense du pouvoir d’achat des pensions, les questions de santé et pour une véritable loi sur la perte d’autonomie.